Frères à Duceppe : entre masculinité et vulnérabilité

Des familles où tout le monde parle fort, où les discussions dérapent vite, où l’amour passe autant par les disputes que par les repas partagés… Frères m’a replongée dans quelque chose de profondément familier.

Après le succès de Mama, qui nous plongeait dans l’intimité d’un clan de femmes arabes aussi attachantes que profondément humaines, Nathalie Doummar poursuit l’exploration de cette mythologie familiale avec Frères, présentée chez Duceppe.

Cette fois, ce sont les hommes qui prennent la parole. Ou plutôt, qui essaient de le faire.

Synopsis de Frères


Réunis dans un chalet en bois rond le temps d’un week-end, des pères, fils, cousins et beaux-frères d’une même famille égypto-québécoise se retrouvent entre hommes, loin du quotidien. Entre les repas, les discussions autour du spa et les vieilles histoires qui refont surface, les échanges glissent tranquillement vers des sujets plus sensibles.

Qui réussit le mieux dans la vie?
Qu’attend-on d’un homme aujourd’hui?
Que reste-t-il des modèles masculins avec lesquels ils ont grandi?
Et surtout, comment aimer sans reproduire certains schémas?

À travers cette dynamique familiale parfois chaotique, Nathalie Doummar explore les tensions entre générations, les contradictions de la masculinité contemporaine et le besoin viscéral d’appartenance à un clan.

Comme dans Mama, la famille devient ici un microcosme où les blessures, les maladresses, les ego et les élans d’amour coexistent constamment.

Ce que j’en ai pensé

Ce qui frappe dans Frères, c’est le regard profondément humain porté sur ses personnages. La pièce aurait pu tomber dans quelque chose de caricatural ou de moralisateur, surtout avec des thèmes comme la masculinité, le consentement ou les rapports hommes-femmes. Mais Nathalie Doummar choisit plutôt la nuance, et c’est là que la pièce devient particulièrement forte.

J’ai beaucoup ri durant la représentation, mais Frères devient aussi extrêmement touchante par moments. Certaines scènes plus vulnérables m’ont d’ailleurs émue au point d’en avoir les larmes aux yeux. Les dialogues sont mordants, certaines scènes complètement éclatées, mais derrière l’humour se cache quelque chose de beaucoup plus fragile.

Ces hommes, malgré leurs maladresses, leurs opinions parfois rigides ou certains réflexes hérités d’une autre époque, tentent eux aussi de naviguer dans un monde qui change rapidement. Et c’est probablement ce qui rend la pièce aussi actuelle.

J’ai particulièrement aimé la complexité des personnages. Aucun n’est réduit à une seule facette : certains sont touchants dans leur vulnérabilité, d’autres franchement frustrants, je pense particulièrement au plus jeune à qui j’aurais donné une paire de claques, mais tous semblent profondément vrais.

Comme dans Mama, plusieurs moments m’ont rappelé certaines dynamiques familiales très propres aux familles arabes et immigrantes : les discussions qui dérapent, les rapports de pouvoir implicites, les non-dits, mais aussi cette manière de s’aimer fort même quand tout le monde s’obstine.

La distribution est excellente du début à la fin. Mention spéciale à Paul Ahmarani, absolument mémorable dans le rôle de l’oncle conservateur aux répliques aussi inconfortables qu’hilarantes, ainsi qu’à Manuel Tadros, très touchant dans le rôle du patriarche Nabil, particulièrement dans les scènes plus vulnérables.

Au final, Frères parle autant des hommes que du besoin universel d’être vu, compris et aimé malgré ses contradictions. Une pièce drôle, sensible et profondément actuelle.


Affiche pièce de théâtre Frères de Nathalie Doummar chez Duceppe


Frères

Dates : présentée au Théâtre Jean-Duceppe jusqu’au 16 mai 2026
Durée : 1 h 45 sans entracte

9/10

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