Chaque rentrée culturelle, l’Expo World Press Photo Montréal fait partie de ces rendez-vous que j’attends avec impatience et que je ne rate presque jamais. Du 26 août au 12 octobre 2026, l’exposition revient au Marché Bonsecours pour une 19e édition qui nous invite une fois de plus à regarder l’actualité autrement : à travers le regard de celles et ceux qui étaient là lorsque l’histoire s’écrivait.
Cette année, les images présentées ont été sélectionnées parmi 57 376 photographies soumises par 3 747 photographes provenant de 141 pays. Au total, 42 photographes ont été récompensés par le World Press Photo.
Conflits, crises humanitaires, enjeux environnementaux, mouvements de protestation, droits humains, mais aussi résilience, reconstruction et traditions : l’édition 2026 offre un portrait parfois dur d’un monde marqué par les tensions, sans pour autant se limiter aux drames.
Table des matières
La photo de l’année : une famille séparée par l’ICE
La photo de l’année 2026 est signée par la photojournaliste américaine Carol Guzy. Intitulée Separated by ICE et prise dans un tribunal fédéral de New York, l’image montre les filles de Luis, un migrant équatorien, s’accrochant à leur père au moment où celui-ci est arrêté par des agents de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE), après s’être présenté à une audience d’immigration.
Cette photo bouleversante témoigne du déchirement de cette famille et met en lumière les conséquences humaines d’une politique migratoire. C’est d’ailleurs ce que réussit le World Press Photo année après année : témoigner, émouvoir et nous confronter à des réalités que l’on préférerait parfois ne pas voir.
Des images qui racontent les fractures de notre époque
Les deux autres photographies finalistes de la Photo de l’année prolongent ce même regard : Aid Emergency in Gaza, du photographe palestinien Saber Nuraldin, documente la crise humanitaire à Gaza, tandis que Victor J. Blue, avec The Trials of the Achi Women, témoigne du long combat pour la justice de femmes mayas achi victimes de violences pendant la guerre civile guatémaltèque.
Avec la photo de l’année, ces trois images très différentes, mais un même fil conducteur : rendre concrètes des réalités politiques, sociales et humaines qui peuvent facilement devenir abstraites lorsqu’on les suit uniquement dans les nouvelles.
La guerre au Soudan vue par Abdulmonam Eassa
Parmi les travaux marquants de cette édition, on retrouve également celui du photojournaliste franco-syrien Abdulmonam Eassa, récompensé pour sa série Guerre au Soudan : une nation prise au piège, publiée dans Le Monde.
Habitué à documenter les conflits, Eassa a commencé sa carrière durant le siège de la Ghouta orientale, en Syrie. Il a depuis travaillé en Ukraine, en Turquie, au Tchad et au Soudan.
Ses images nous plongent cette fois au cœur d’un conflit beaucoup moins présent dans notre quotidien médiatique : villes détruites, populations déplacées et civils tentant de poursuivre leur vie dans un pays ravagé par la guerre.
Sept expositions complémentaires à Montréal
Comme chaque année, l’équipe montréalaise enrichit le parcours international avec plusieurs expositions d’ici.
L’une des plus attendues est Jacques Nadeau à la une!, consacrée au regretté photographe du Devoir, décédé en décembre 2025. Ses images retracent plus de 40 ans d’histoire politique et sociale québécoise, de René Lévesque à Jack Layton en passant par le printemps étudiant de 2012.
On y retrouve également Vivre, dans laquelle Claire Beaugrand-Champagne revient sur un reportage réalisé avec sa sœur Paule dans des camps de réfugiés d’Asie du Sud-Est en 1980, ainsi que Et la vie continue, où Martin Chamberland part à la rencontre de familles aujourd’hui établies à Montréal et explore ce qui se transmet plusieurs décennies après l’exil.
À cela s’ajoutent En pointillé, territoires d’humanité, qui rassemble 28 projets d’étudiantes et étudiants du Cégep du Vieux Montréal, les photos finalistes du prix Antoine-Desilets, une sélection des photojournalistes de La Presse ainsi qu’une exposition de Radio-Canada consacrée à la désinformation.
Deux images qui m’ont particulièrement marquée
Parmi toutes les histoires présentées cette année, deux images très différentes ont particulièrement retenu mon attention.
Finaliste pour la Photo de l’année, cette image montre des Palestiniens grimpant sur un camion d’aide à son entrée dans la bande de Gaza, dans l’espoir d’obtenir de la farine. Prise le 27 juillet 2025, elle témoigne de façon saisissante de la crise humanitaire et de la lutte quotidienne pour accéder à des besoins aussi essentiels que la nourriture.
C’est une image difficile à regarder, autant par ce qu’elle montre que par tout ce qu’elle raconte au-delà du cadre : la faim, l’attente et le désespoir d’une population meurtrie qui lutte pour sa survie.
Dans un registre complètement différent, cette image de Ghita Jhiate et de son étalon fait partie d’une série consacrée à la Tbourida, une tradition équestre marocaine remontant au XVIe siècle.
Longtemps exclues de cette pratique, les femmes ont progressivement réussi à y trouver leur place. Aujourd’hui, quelques troupes entièrement féminines perpétuent cette tradition. La photo de Ghita m’a particulièrement marquée par sa puissance : elle représente à la fois la force d’un héritage culturel et celles qui se battent pour pouvoir y prendre part.
Une expérience toujours bouleversante
En 2025, 73 000 personnes ont visité l’Expo World Press Photo Montréal en six semaines, confirmant sa place parmi les rendez-vous phares de la rentrée culturelle montréalaise. Une fréquentation qui témoigne de l’intérêt toujours aussi fort du public pour le photojournalisme et les histoires qu’il permet de raconter.
Je visite l’exposition presque chaque année et j’en ressors rarement indifférente. Pour moi, chaque visite est un rappel de la force universelle de l’image. Ces photographies, fortes et poignantes, nous obligent à regarder le monde en face. Et c’est peut-être ce que j’aime le plus du World Press Photo : en quelques pas, on passe d’une réalité extrêmement dure à une histoire de résilience ou d’émancipation.
Encore une fois cette année, je vous recommande vivement de prendre le temps de découvrir l’exposition.
World Press Photo Montréal
